Ecrire BOSGROS, BOGROS, BAUGROS ou BEAUGROS ?
ou
Comment justifier le titre du
site ?
1) Etude basée sur
les registres paroissiaux puis d’état civil de MESSEIX : de BOSGROS
à BOGROS.
Avant
1700, les curés successifs et leurs vicaires écrivent toujours BOSGROS.
Les signatures de ce
nom suivent la même règle, à l’exception d’un Jean B. qui signe déjà
BOGROS, dès 1697.
Dans le premier tiers du 18e
siècle, l’évolution graphique est rapide puisque le curé Antoine-Laurent
Sertilhanges (curé de Messeix de 1742 à 1782) écrit toujours BOGROS et toutes les signatures
de ce nom ont dans les registres
la même graphie. Seuls quelques vicaires officiant de façon éphémère font
des entorses à cette nouvelle règle écrivant Baugros (vicaire Sibot en
1753 puis en 1756), Bosgros (vicaire Brandely en 1765) Beaugros (vicaire
Monteil en 1772 et vicaire Gorce
en 1785) et même Grobeau (vicaire
Pauc en 1772)
Le curé Sertilhanges ne fait
que figer une graphie que ses prédécesseurs, le curé Léger Védrine ( curé
de Messeix de 1720 jusqu’à son décès en 1741) et son vicaire Battut, dans
un souci manifeste de
« normalisation » (pardon pour cet anachronisme), ont déjà
adoptée. Ces deux prêtres évitent pour tous les patronymes les graphies
fluctuantes. Comment ont-ils opéré le choix d’une graphie plutôt que
d’une autre ? Pour les noms (peu nombreux) qui font l’objet de
signatures de témoins aux mariages ou aux sépultures, de parrains ou
marraines aux baptêmes, manifestement, c’est la graphie des signatures
qu’ils ont choisie.
Or dans la période antérieure,
sous le magister du curé Louis de Mascon (curé de 1682 jusqu’à 1720) les
signatures devenaient progressivement BOGROS, même celles des anciens
signataires BOSGROS. Ainsi Cat(h)erine signait BOSGROS en 1698, mais BOGROS en 1701. Dès 1702, les
signatures BOSGROS sont exceptionnelles dans les registres. C’est Me Jean
BOGROS, né vers 1683, fils de Me Claude BOSGROS, né en 1653, qui semble
être à l’origine de l’évolution Les rédacteurs des actes, curé ou
vicaires, continuaient eux, en général, entre 1700 et 1720 à écrire
BOSGROS tant pour nommer le hameau que les paroissiens de ce nom.

La mort du curé Sertilhanges en 1782, ouvre une
courte période de 3 ou 4 ans de retour aux graphies fluctuantes.
L’état civil de Messeix depuis
1792 respecte la graphie BOGROS dans le corps des actes comme dans les
signatures. Le fait que le notaire Annet Bogros soit conseiller
municipal, adjoint au maire puis maire de la commune de 1833 à 1848 doit
avoir aidé à la fixation de la graphie.
2) Observations sur quelques
évolutions graphiques, dans des régions éloignées de la contrée origine.
- Dans
la Loire : de BOGROS à BAUGROS .

Il s’agit
du nom porté par les nombreux descendants d’Antoine Bogros, maçon de Messeix, émigré à Chalmazel (Loire)
où il épouse en 1768 Claudine Grelet, une jeune fille du lieu.
Loin de sa paroisse d’origine
et illettré, Antoine Bogros n’est pas en mesure d’imposer une graphie à
ceux qui doivent écrire son nom. Il va donc y avoir à partir de son
mariage un début d’errements graphiques. Le prêtre de Chalmazel
enregistre le mariage d’Antoine BOGRAU .
Avec la génération
suivante point une aphérèse qui disparaîtra puis se répètera de temps en temps au cours des 2
siècles qui suivent : le nom devient assez fréquemment BOUGROS.(*)
La famille commence à se
disperser autour de Chalmazel, à Saint-Just-en-Bas, à Jeansagnière etc.
Les rédacteurs d’actes se multiplient et l’indécision domine.
Ainsi un petit-fils d’Antoine
nommé lui aussi Antoine naît BOUGROS en 1804, se marie BAUGROS en 1842,
signe BOGROS au cours de sa vie, et meurt BOUGROS en 1890.
Son frère Etienne naît BOURGROS
en 1795, se marie (1824) et meurt BAUGRAU en 1828.
Autre génération :
Antoine naît BAUGRAU en 1825, signe BAUGROS et meurt BOUGROS en 1879.
A Jeansagnière, qui devient la
commune principale de cette famille, la graphie BOGROS l’emporte sur les
autres pendant une dizaine d’années au milieu du 19e siècle,
puis c’est la graphie BAUGROS qui se généralise petit à petit, pour être
celle de tous les descendants actuels d’Antoine Bogros et de Claudine
Grelet.
Nous avons tout de même trouvé
à Sauvain (Loire) une tombe ou les épitaphes adoptent la graphie
BEAUGROS, pour des décès entre 1906 et 1972.
*) Cette graphie est
à l’origine de l’interprétation étymologique fantaisiste d’un savant
onomasticien qui écrit sur un site Internet que nous ne citerons
pas : « Baugros : nom rare porté dans la Loire. On me le
signale comme une variante de Bougros, lui-même contraction de
Bouguereau. Le sens de ce dernier nom est incertain. M. T. Morlet y voit
un marchand de châtaignes (dérivé de bogue), mais il semble préférable
d’en faire un dérivé de bogre, bogeron, qui désignait au Moyen-âge un
hérétique, un dépravé. Autre forme Bougreau. »
Sourions et
méfions-nous des étymologies étayées seulement par des rapprochements
purement phonétiques et bien hasardeux !
- A
Moulins, à Versailles, à Paris, aux 18e et 19e
siècles : de BOSGROS à BEAUGROS.
Il
s’agit d’une évolution graphique rapide, conséquence de la méconnaissance
de l’étymologie du nom, chez ceux qui loin de l’Auvergne ont à l’écrire
pour rédiger des actes. Ils interprètent
le nom comme composé des deux adjectifs soudés « beau »
et « gros ». Ces actes concernent des illettrés ou des gens qui
savent un peu écrire mais ne sont pas suffisamment sûrs d’eux pour
contrarier le curé ou le secrétaire de mairie, réputés plus instruits,
donc ayant raison.
On trouve cette évolution, par
exemple avec l’installation à Versailles du cordonnier Benoît BOGROS, né
à Clermont en 1751. Il se marie à Versailles. Ses enfants et petits
enfants naissent BEAUGROS. Son fils Jean-Julien signe superbement
BEAUGROS entérinant la transformation du
nom.

La même évolution se retrouve
avec l’émigration de Gilbert BOGROS, né à Merlines (19) en 1835, (mais
d’une famille originaire de Messeix). Il part pour le Bourbonnais pour y
exercer le métier de scieur de long. Ses enfants naissent à Souvigny (03)
et à Moulins (03). Deux de ses filles s’installent à Paris. La graphie
BEAUGROS devient vite systématique à Moulins puis à Paris.
Ces
branches BEAUGROS semblent éteintes aujourd’hui.
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